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ELEAZAR - [Noctae]





[ † Eleazar † ]



Genèse à crocs de Lune.



Une ardente douleur me pétrifiait la nuque. Je me tortillai, dans tous les sens, me brisant des os sous les convulsions. La lune était haute, se soir là, et sa pâle blancheur me réchauffait mes pupilles, injectées de sang. Mon cerveau défonçait mon crâne comme un forgeron bat son acier.

- J'avais 17 ans et menais une vie paisible aux alentours de Lhynn, en 1062. J'étais sortit, ce soir de Nava (Vendredi), par l'appel de l'inconnu. J'aimais visiter les alentours de Gjanajo. Mais ce qui s'y trouvait se soir là n'avait rien d'attrayant : près d'une stèle, j'apercevais une silhouette noire, capuchonnée. Mais sa peau, aussi limpide qu'un linge de mariée, me tapait à l'œil comme un cristal. Non, ce n'était pas sa peau. C'était ses dents. Des dents affreusement longues aux extrémités de la mâchoire. Inondées de liquide rouge. Dans l'incompréhension la plus totale, je m'entendait hurler, mais je ne sut pas pourquoi. Je pense que c'était la peur, avant, la douleur, ensuite. -

Vingt quatre heures. C'est le temps que mis la douleur à traverser l'intégralité de mon corps dans ses moindres détails. Je n'avais plus mal, au réveil. Il faisait nuit, à nouveau, et j'étais sous un érable, où un vieux corbeau m'observait, perché. Je me levai, incroyablement souple. Je m'étais levé trop vite, visiblement, mais je n'en ressentis pas les effets, étrangement. Je m'étirai : aucune sensation de décontraction, aucun muscle à apaiser, rien. Ce n'était pas normal. Un raclement de gorge retentit derrière moi, et je me retournai, si vite que mes yeux, mal préparés, auraient dû avoir du mal à suivre, ce qui ne fut évidemment pas le cas. La silhouette noire était là, sur sa stèle, impassible. Je compris. Cette personne, non, cette chose m'avait mordu. Je me souvenais de ses crocs de cristal, luisant au clair de lune. Je regarda ma peau : limpide, presque transparente, au point de la comparée à un ruisseau dont les poissons de fond nageaient vivement. Mon sang était glacé, et circulait mille fois plus vite qu'a l'ordinaire.
Je dévisageai l'homme, l'homme car il y ressemblait, plus physiquement qu'autre chose, à présent debout. Dans une voix magnifique, qui m'était inconnue mais pourtant mienne, je demandais :


Que suis-je ?

Je n'avais pas peur. J'avais pour habitude d'accepter le destin, et mon départ précoce m'avait détaché des liens inutiles que je n'avais d'ailleurs pas tissés. La silhouette plongea vers moi, et j'entendis, tel un murmure du vent à mon oreille :

Vampire ...




Sombre anniversaire.



Il fait jour et le soleil est haut. Nous sommes en 1102, et cela fait 40 ans que je suis un vampire. Jour pour jour, d'ailleurs. Mais ... Je n'ai pas changé. Étrangement, depuis ma transformation, mon épiderme ne mûrit plus, mais il ne se dégrade pas non plus. Ma peau, à présent d'une simple pâleur albinos, était identique à ma peau d'antan. Antan. Pour le commun des mortels, Antan est un mot magnifique, source de nostalgie, de douceur, où l'on se remémore le bon vieux temps ... Hélas, il n'en allait pas de même pour moi.
Voilà 40 ans que ma vie a changé, mais, pour ainsi dire, c'est bien le seul changement qu'elle ait pu s'offrir. Je souffre de morosité, comme Gil me le dit. Oh, Gil. Un ami, un semblable avant tout, mais un ami. Il est dur de se demander combien de temps nous avons passer ensemble depuis cette fameuse nuit, mais, plus difficile encore est d'imaginer le nombres d'heures nous allons encore couler le long de cette éternité. Le plus absurde, c'est qu'il semble mon parfait ego : à la limite du stoïcisme, il accepte tout et ne se refuse rien. Mais bon, c'est mon histoire, après tout.
Au bout de 40 ans, me dis-je, il faut bien que je trouve une réelle occupation qui soit digne de mes crocs, non ? J'avais comme objectif de rechercher ce fameux vampire qui m'avait mordu, mais, je le savais éperdument, que je ne le trouverai jamais. A l'endurance que nous avions, nous pouvions traverser Vesperae dans son intégralité en moins d'une journée, et au delà à la nage. Aussi cette tâche semblait perdue d'avance, cependant ...
Je me décidai à repasser devant Gjanajo. Mélancolique ou que sais-je, l'envie m'en prenait. Je rencontrai ci et là quelques voyageurs sur le chemin, que je m'habituais à dépecer et m'en rassasier -Oui, j'étais un vampire, l'aviez vous oublié ? Je n'ai jamais cherché à nier mes sens-. J'apercevais la stèle et, comme je m'y attendais, rien ne s'y trouvait. La nuit était tombée, et le corbeau était là. Je me souvenais ... Une réminiscence aussi passagère qu'instinctive, je crois. C'était le même, j'en étais sûr. La même affreuse horreur noire et plumée qui m'avait observée lors de ma mutation. Retournant le regard sur la stèle, je percutais : il était là, droit, comme un piquet, bras raides le long du corps fin et magnifique. Il me regardait, certainement qu'il m'attendait.
Mais ce qui suivit échappa à ma compréhension : l'Ôte de la stèle plongea dans notre direction -à Gil et à moi-, mais pas précisément dans la mienne. Je me souvenais comment il m'avait mordu, et me demandait ce qu'il trouverait bien encore à nous faire. L'ombre passa, la brise m'ébouriffa mes longs cheveux noires et lisses. Je me retournai. Le corps de Gil gisait sur le sol, d'un bras ici, d'une tête là.


Solitaires ...

Ainsi avait murmuré l'Ôte de la stèle. Je ne me paralysais pas et, à ma surprise, je fondais sur l'Ôte. Il n'esquivait pas. Ma mâchoire, aussi affamée qu'un nourrisson à son lait, lui arrachait vivement la partie droite de sa nuque. Un hurlement retentit, et le corbeau s'écroula sur le sol de son érable. Je finissais de démembrer correctement le corps inerte de l'Ôte. Cela faisait longtemps qu'un tel ressentis ne s'était pas manifesté en moi : ma tristesse était presque palpable à la perte de Gil. Bien que mes larmes furent vaines, j'en comprenais tout le poids dans ce que l'on appelait plus communément le cœur. J'avais mal, pour la première fois depuis 40 ans.
Je me tournai alors avec le corbeau : il n'était plus là, seul un sol aride ,rendu non fertile, prônait. Une marre de sang en son centre. Non, pas une marre, une écriture. Je m'approchai : "Pars et reviens comme tout, comme rien, sans tout ni rien."





Leçon de morale.



"Pars et reviens comme tout, comme rien, sans tout ni rien." Je médite encore. Des jours durant, mais je ne percute pas. Étrangement, la perte de Gil m'affecte, moi, le stoïque immortel par excellence. J'avais tout partagé avec lui, bien qu'un tout ne se résume tristement qu'à une gigantesque marre de sang et quelques membres déchiquetés. Quelques anecdotes de notre vie humaine, également. Ainsi que des effets vampiriques. Mais sans plus, quoi. Bref, je me sens assez mal. Voilà un an que je l'ai perdu -1103 donc-, et je ne m'en remet pas. J'ai tué le tueur, mais quand même, je n'y arrive pas. Ma conscience me dit que c'est un manque, mon instinct me dit de laisser faire, que ça passera. Mais j'ai du mal avec les deux. Ce n'était pas un manque, plutôt ... Un besoin. Encore qu'une définition resterait trop abstraite pour être réellement significative.
Je m'octroie donc une chasse au cimetière. Mais quelle misère ! Une fois de plus, deux pauvres aventuriers paumés, qui n'ont rien compris du début à la fin. Depuis, je note également une hargne bien plus féroce à la chasse. Je me contentais de tuer et vider, au début. A présent, j'écorche, griffe, mord, et prends un malin plaisir à faire souffrir. Mais cela ne me correspond pas, et je le sais.
Gil.
Imbécile !
Je percute, enfin. Un sang d'elfe -le pire de tous- me traverse la gorge, qui s'enflamme au contact. "Pars et reviens comme tout, comme rien, sans tout ni rien." Cette putain de phrase raisonne dans ma tête et je n'en peux plus. Je comprends, et cela me tue : cette phrase n'évoque pas un futur, mais un passé. Mon passé ? Oui, très certainement. Vampire, je n'étais rien, pas humain, tout du moins, ni personne. Au retour de la stèle, je suis tout : j'ai un lien. Je reviens, je n'ai plus rien, Gil part. Je finis, sans tout, sans lien.
Imbécile !
Non, décidément, je m'y refuse. Je refuse de vivre ainsi. L'immortalité me guette, oui, le destin non. D'ailleurs ce pouilleux, je lui en tirerai deux mots quand j'aurai sa jugulaire entre les crocs. Vampire, je n'étais plus que "quelque chose", mais après tout, j'étais toujours "quelqu'un", et j'en prenais profondément conscience à cet instant. Un clan. C'était la solution. Un clan que je ne pourrais blesser. Un clan ou, mêlé, je serai moi même, tout, avec tout, et même le tout du rien.
Je m'embrouille, mais je comprends. Je pars désormais en quête, alors. J'ai trouvé un nouvel objectif, et je prie le destin -quelle ironie- que l'immortalité ne soit pas synonyme de patience.





L'exquis des nuits paysannes.



Assoiffé. C'est ainsi que je concevais mon état d'esprit actuel. Voilà deux ans que je ne passe plus une journée sans goûter à la chair humaine et de m'abreuver de son sang. A chaque goute, un orgasme sanguinaire, comme la vue d'un royaliste perdu à la jugulaire foisonnante. Oui, depuis quelques temps, je me suis mis à déprécier totalement le Roi et ses acolytes factices. Avec leur loyauté, leurs Ô si bons principes et sens de l'honneur sans commune mesure. Derrières leurs belles armures étincelantes, qui faisaient certainement craquer les pucelles des quartiers, ce n'étaient pour la plupart que des ivrognes, qui gâchaient leur paie le soir au bistrot avant même d'assouvir leur devoir conjugal. Bref, j'en redemandais de nouveau, ce soir. La lune était belle, à Ibrin, et l'on entendait au loin les lamentations des lycans, qui hurlaient à vous en rompre les tympans à trop s'y approcher.
Je me décide à me divertir avec un paysan qui, depuis la tombée de la nuit, s'était adonné à violer ce qui ressemblait à une courtisane. Le principe aurait voulu que, sous consentement, je ne parle pas d'un tel acte, mais, dans les circonstances, je ne pouvais parler autrement : l'agrippant par le poignet et la jetant au sol, la brute de paysan la maintenait au sol en lui glissant je ne sais quel nombre de doigts dans l'entrejambe. Hurlant à pleins poumons, la fillette s'usait pour rien, dans le désert des champs voisins.
Rapidement, je suis sur lui. De trois taillades de griffes, je lui déchires les omoplates, lui rompant les nerfs et rendant ainsi son épaules hors d'état de nuire. Loin de moi l'idée qu'il puisse m'effleurer, mais le voir souffrir ne serait que plus amusant. Il jura sous la douleur, mais n'hurlait pas à ma surprise. M'insultant de tous les noms avant de se jeter dans sans convictions, j'esquivais et lui plantais deux doigts dans le plexus, lui rompant le thorax et brisant la cage thoracique. Il hurla, pour le coup. Je riais, aux anges, si je puis dire. Il tenta de respirer, en vain, ne cherchant pas à briser le mental de la jeune fille, je finis par le tuer en lui rompant bonnement et simplement la nuque d'un coup vif. Il s'écroula, raide.
Elle, ne bougeait pas. Abasourdie, les yeux livides et un teint presque aussi pâle que le mien, elle me regardait. Puis s'écroula, probablement sous le choc. J'en profitais pour rapidement vider l'homme de son sang. Puis, je m'intéressais à la fille : blonde, sans être minces de formes tout à fait alléchantes, assez grande, et des habits déchirés, laissant dévoilé un sein verdelet assez attractif. Je la saisi et la porta jusqu'à la lisière de mon dit campement, qui se résumait "grosso modo" à deux tuniques, un matelas car, bien que je ne dormais jamais, je n'aimais pas me frotter aux herbes, et les restes d'un petit feu, qui m'éclairait suffisamment pour lire. Oui, je lisais, que cela vous choque ou non.
Une demie douzaine d'heures plus tard, elle se réveilla. Me voyant alors si pâle, presque translucide comme le blanc rubis, elle s'évanouit à nouveau dans la seconde. Un quart d'heure plus tard, elle rouvrit l'œil sans se lever. Je le sentis, mais ne releva pas. Elle m'épiait du regard, et cela m'agaçait.

_ Alors, on a bien dormit ? lui lançais-je.
_ Si j'oublie l'hurluberlu d'hier soir, certainement.
_ Bien. Quel est ton nom ?
_ Pourquoi ne m'as-tu pas tuée ? Tu n'es pas humain, me trompé-je ?
_ Non, tu ne trompes pas. Ton nom ?
_ On m'appelle Celle-Qui-Séduit-Les-Anges.
_ Je t'ai demandé ton nom, et non pas un pseudonyme. Par ailleurs, rassure toi, je ne suis pas un ange.
_ Sélaine.
_ Je suis Eleazar, un vampire.
Elle sursauta, mais ne releva pas durant une longue minute. Puis, elle ajouta :
_ J'en conclus que je suis ton prochain festin, Eleazar ?
_ Tu conclus hâtivement. La chair des jeunes filles dans ton genre ne m'attirent pas, elle est lisse, fraiche et sans graisse. Je préfère les paysans comme ce balourd d'hier soir.
_ Que comptes-tu faire de moi, alors ?
_ Une esclave, si le cœur mon dit, ma femme si je le désire, un casse-croute si la faim me revient, ou te laisser partir, si ton allégresse n'a d'égale que ta beauté.

Je devais reconnaître que, si j'avais été l'homme que j'ai été autrefois, marcher main dans la main avec cette ravissante créature m'aurait enchanté. Je n'étais pourtant plus humain, je devais me l'imposer.
_ Toute à l'heure, nous irons te chercher des vêtements -elle remarqua sa nudité et tenta de se cacher- en ville, puis tu m'accompagneras. Tu imagines bien que, maintenant, je ne peux te libérer sans avoir à t'égorger, je n'ai pas besoin d'une troupes à mes trousses. -Elle acquiesça, incertaine-.

Si je devais me contrôler, il m'était impossible maintenant de nier que cette femelle m'attirait follement. Non pas les pulsations se son sang dans ses veines, mais bel et bien ce corps à demi nu, et ce visage magnifique. J'avais beau ne pas être un ange, son charme était sans égal, et je laissais mes pensées s'adonner à des visions que je ne conterai pas. Je doutais cependant si voyager avec un tel magnifique fardeau me serait un avantage, mais je décidais d'encourir le risque.