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RAN - [Marmo]


Hebergeur d'image


«  Comment est-ce arrivé ?, demanda la jeune femme.


- Enfin tu me poses cette question. Il t’en aura fallu du temps, disait Ran amusée. »


Allfroll se mit à rougir et posa sa main sur celle de la jeune femme aveugle. Elles étaient assises autour d’une petite table ronde au fond du pub de Proncilia. Il y avait foule ce soir là, la propriétaire des lieux hurlait les commandes à ses serveurs qui essayaient de tenir le rythme en cette belle soirée d’été. Les clients réclamaient uniquement la spécialité du lieu, la boisson pourpre. Certains étaient déjà ivres au point de se faire raccompagner de force dehors par la patronne, d’autres sirotaient calmement leurs boissons comme nos deux jeunes femmes. 


Ran replaça son bandage autour des yeux, elle sentait que celui-ci tombait en lambeaux mais il était hors de question de l’enlever en lieu public et surtout pas en la présence de son amie. 


« Hé bien, par où commencer…, hésitait-elle. Je ne suis pas née aveugle comme tu peux le savoir. 


C’était à l’aube de mes 16 ans. Je vivais chez ma mère près d’Lhynn dans une petite chaumière modeste. Nous n’étions que trois: ma mère Lydia, ma soeur Myah et moi. Nous n’avions jamais connu notre père. Ma mère n’a jamais voulu nous expliquer, elle se braquait et disait juste qu’il avait fait quelque chose de terrible. Il ne fallait pas aborder ce sujet avec elle. Petites nous avions lâchés l’affaire mais ma soeur aînée à ses 18 ans avait besoin d’en savoir plus. Myah avait ce désir de résoudre enfin ce mystère qui embrumait notre famille. Elle disait que ça lui permettrait d’avancer dans la vie, elle ne pouvait pas vivre sans savoir, ça lui était devenu insupportable, Ran s’arrêta de parler quelques secondes.


- Ran, je sens beaucoup d’émotions dans ta voix, tu pourras me raconter une autre fois si tu..


- Merci Allfroll, disait-elle en lui coupant la parole. Ca ira, j’ai peut-être besoin d’une autre boisson pourpre, peux-tu aller m’en chercher une s’il te plaît ? 


- Tout de suite. » 


Allfroll quitta la table et se dirigea vers le comptoir pour passer les nouvelles commandes, laissant la jeune femme plongée dans ses souvenirs douloureux. Malgré l’ambiance bruyante de la salle, un petit bruit attira l’attention de Ran. Une lame qui sortait de son fourreau: une dague. Ce petit grincement de métal qui fend l’air et vous siffle langoureusement dans les oreilles quelques micro-secondes. La jeune femme attrapa le pommeau de sa longue épée discrètement, prête à faire face à une imminente attaque. Ne voulant pas semer la panique dans l’auberge, Ran déposa quelques pièces sur la table en paiement des boissons et se leva calmement, essayant de ne pas attirer l’attention. A cet instant, Allfroll tourna la tête en directement de Ran et revint vers elle prestement:


« Tout va bien Ran ? lui demanda-t-elle.


- Nous partons, prends tes affaires, insista-elle.


- Mais ta boisson alors ? interrogea Allfroll.


- Une autre fois, quelque chose ne va pas ici, lui chuchota-elle. »


Ran s’agrippa au bras droit d’Allfroll et elles se dirigèrent vers la sortie du pub. Il était tard, minuit passé en plein mois de Juillet. La chaleur étouffante se faisait sentir malgré la légère brise nocturne. Allfroll pensa à sa boisson qu’elle n’avait pas terminé avec nostalgie. 


« Et je n’avais pas fini mon verre, disait-elle en soupirant.


- Excuse-moi, je t’en payerai un autre la prochaine fois mais j’ai entendu un individu sortir une dague, la table derrière nous. J’ai paniqué, avoua-t-elle.


- Rentrons à dans nos appartements à Marmo, nous y serons en sécurité et j’ai découvert la réserve secrète de Freed, disait Allfroll avec son plus grand sourire. Il n’en saura rien, il est absent quelques jours.


- Tu es bien renseignée à ce que je vois, riait-elle. Nous avons besoin d’une charrette, allons-y. »


Elles traversèrent Proncilia rapidement en oubliant bien vite cette histoire de dague dégainée. Installées dans la charrette, Ran continua son histoire:


« Nous avons quelques minutes devant nous, où en étais-je ?


- Ta soeur Myah ?


- Oui. Elle m’entraîna malgré moi dans sa quête de vérité. Un beau matin de printemps, je l’entendis se lever tôt. Nous partagions notre chambre à coucher à l’époque. Je la vis s’installer sur le petit bureau en bois installé près de la fenêtre, elle gribouillait sur du papier et commençait à jurer et à déchirer quelques pages. Encore à moitié endormie, je lui demanda ce qui justifiait ce tintamarre de si bon matin. Au début, elle ne disait rien puis elle finit par m’avouer qu’elle avait fouillé dans les affaires de notre mère un soir et qu’elle avait trouvé des documents et une carte. Interpelée, je bondis de mon lit pour la rejoindre sur le petit bureau et je découvris des lettres manuscrites. Ce n’était ni l’écriture de ma soeur, ni celle de ma mère mais bien celle d’un homme. Un fameux Henlyn. Je ne savais pas bien lire mais Myah avait appris auprès de notre voisine, une bonne soeur qui tenait une petite bibliothèque à Lhynn. Ma soeur m’expliqua que mon père était en vie, elle voulait le retrouver. Notre mère était une traître qui nous mentait depuis le début, il fallait garder ça secret... Ran s’arrêta de parler. »


La charrette avait atteint sa destination finale. Allfroll paya le cocher et les deux jeunes femmes entrèrent dans la demeure Marmo. Personne dans le hall d’entrée, pas un bruit, tout était calme. Milles et une fleur embellissaient ce hall majestueux et cette odeur florale qui embaumait l’espace entier rassurait Ran. Elles s’installèrent dans un immense canapé recouvert de velours couleur vermillon. Allfroll se rappela qu’il fallait qu’elle se glisse dans les appartements du maître des lieux pour dérober la précieuse bouteille. Elle quitta Ran quelques minutes et se dirigea vers l’escalier central. Ran en profita pour s’allonger un instant dans ce canapé d’un confort inouï. Son esprit enfonça la porte des rêves presque instantanément. Elle rêva à nouveau de Tenzin, son compagnon disparu. Ses recherches n’avaient rien donné. Il lui été arrivé quelque chose c’était certain, mais quoi ? Elle aimait à se remémorer les traits de son visage qu’elle avait appris par coeur au toucher. Sa chevelure épaisse et longue noire corbeau comme il disait. Sa carrure de guerrier. Il venait du désert de l’Ile des 5 sages. Jamais elle n’oubliera sa voix qui..


« Ran, j’ai rempli ma mission avec succès, disait Allfroll en déboulant sur le canapé. »


Ran se réveilla et émis un petit bruit de surprise:


« Par Fulrullia, tu n’as fait peur… J’étais perdue dans le monde des rêves… disait-elle avec nostalgie.


- C’est pas le moment de dormir, nous n’avons pas fini nos verres. Je te signale que l’on a terminé cette quête de l’impossible de sa Majesté la Princesse Capricieuse, et j’ai besoin de me détendre un coup, formula Allfroll.


- Oui, cela a été éprouvant aujourd’hui… Trinquons au succès de notre quête dans ce cas, disait-elle en levant son verre.


- Santé camarade. »


Elles burent leurs verres d’une traite. 


« Pouah, qu’est ce que c’est Allfroll ?? demanda Ran en grimaçant.


- Aucune idée, une sorte de liqueur je crois, disait-elle en analysant la bouteille. Ohh ça doit coûter très cher… A la bonne heure. »


Les deux jeunes femmes continuèrent de boire. Elles parlaient de choses plus légères avec enthousiasme, leurs éclats de rire réveilla un autre compagnon de guilde, Azura, qui leur fit la morale avant de repartir dans ses appartements. Ran et Allfroll continuèrent leur discussion en essayant d’étouffer leurs rires jusqu’au moment où elles sombrèrent de sommeil toutes deux dans le canapé si confortable.


Le lendemain matin, Ran se réveilla la première avec peu de souvenirs de leur fin de soirée. Elle essaya de se lever tant bien que mal, sans réveiller Allfroll, et se dirigea en titubant vers les cuisines de la demeure. Elle connaissait les lieux par coeur, savait où était placés les objets, les meubles, les portes etc. Cela faisait quelques années maintenant qu’elle fréquentait Marmo, sa nouvelle guilde, elle s’était installée rapidement dans ses nouveaux appartements et avait pris le soin d’y aménager comme bon elle le souhaitait. Les cuisines n’étaient plus très loin, il lui fallait encore traversé la grande salle commune. Chenoa était assise seule sur la table centrale en bois de hêtre. 


« Quelle apparition dites-moi. Alors comme ça ni toi ni Allfroll n’avez eu la force de monter dans vos appartements hier soir ? disait-elle amusée.


- Excuse-moi si nous avons fait trop de bruit cette nuit Chenoa, tu la connais, elle m’a entraîné dans un pub et nous sommes rentrées tard en effet. J’ai besoin de boire quelque chose.


- Sers-toi ou demande à la cuisinière, elle vous préparera quelque chose de solide. »


Ran entra dans la cuisine et commanda quelques plats pour elle et Allfroll. De retour dans le hall, Allfroll n’était plus allongée sur le canapé. Ran monta alors dans les étages et croisa Azura qui avait aidé Allfroll à s’allonger dans son lit. Ran regagna ses appartements et s’assît sur le rebord de son lit. La chambre était plutôt grande, ornée de sculptures en bois, tapissée sur les murs par de beaux revêtements fleuris importés de Trigorn, meublée par de belles menuiseries et une peau de bête au centre de la pièce. Plus tard, la cuisinière lui fit monter les plats qu’elle avait commandé. Ran s’installa sur un petit bureau pour y déguster son plat: des légumes de saison de la région accompagnés d’une volaille et sa sauce spéciale. Ran savoura avec bonheur et pensa à Allfroll endormie et sûrement morte de faim. Son plat terminé, elle s’allongea dans son lit et eût un sommeil sans rêves. 


Le lendemain matin, quelqu’un vînt frapper à la porte. C’était Chenoa qui informa à Ran qu’un invité l’attendait dans le hall d’entrée. Etrange, elle n’attendait pourtant aucune visite. 


« Qui ça pourrait bien être, pensa-t-elle. »


Ran s’étira de tout son long et se hâta pour passer une robe fraîchement lavée de son armoire. Ce matin là, elle choisit de porter un ensemble blanc qui mettait en valeur son pendentif vert émeraude. Elle tenait cette pierre de sa soeur disparue. Prête, elle descendît les escaliers et se dirigea vers l’entrée. Ran y trouva Nao, un de ses favorites:


« Ran, ravie de te voir, disait-elle en lui attrapant les mains.


- Nao, quelle joie. Tu étais partie en voyage depuis si longtemps, je ne savais plus à quel moment nous allions nous revoir…


- C’est chose faite. Tu as bien de la chance, je ne suis pas rentrée les mains vides. Allons dans tes appartements, je vais te montrer tout ça. »


Les deux jeunes femmes montèrent dans les appartements de Ran. Dès qu’elle furent seules, Nao ouvrit le grand sac avec lequel elle avait voyagé. Elle y sortit une boîte très raffinée de grande taille où une petite serrure dorée protégeait le contenant. Nao chercha la clef dans ses affaires et après quelques minutes réussit enfin à ouvrir le présent.


« Je t’ai ramené du textile, mais pas n’importe lequel. De la soie de Karasa. J’ai durement marchandé mais j’ai tellement pensé à toi que je ne pouvais pas repartir sans…


- C’est magnifique… disait Ran en touchant délicatement le tissu du bout des doigts. Tu n’aurais pas dû, je n’ai aucun présent pour toi…


- Que nenni ! Allons essaye-le, change moi ce bandeau tout abîmé. Ca ira fort bien avec ta tenue du jour d’ailleurs.


- Merci. »


Ran s’exécuta et remplaça le vieux bandeau usé par le délicat morceau de tissu autour de sa tête. C’était très agréable comme sensation, doux et léger, aucun frottement et certainement plus joli. Nao conta à Ran les quelques aventures qui lui était arrivé durant son voyage vers l’île des cinq sages, les quelques rencontres qu’elle avait faites notamment un bel homme vivant dans le désert. Quelques heures plus tard, Nao prit congé et Ran se retrouva de nouveau seule. Elle alla voir comment se portait Allfroll, mais celle-ci dormait toujours, il valait mieux la laisser récupérer encore un peu. Ran décida donc de partir en ville et de rejoindre le port de Trigorn. Elle prît deux trois affaires et sauta dans la charrette. C’était une belle journée d’été, elle se sentait de bonne humeur suite à la visite de son amie. Arrivée à destination, elle se promena dans les rues en longeant les murs. Privée de sa vue, de nombreuses personnes qu’elle croise sur son chemin lui propose de l’aide ou de faire un bout de chemin avec elle, ce qui est souvent le cas des soldats du Roi, mais Ran n’accepte que très rarement. Elle sait se débrouiller et aime laisser ses autres sens en alerte constante. Malheureusement pour elle, la journée n’allait pas se passer comme prévu. Elle s’aventura à l’ouest de la ville pour y trouver la petite échoppe loin des regards. Certains produits rares se vendent illégalement et Ran avait besoin d’une poudre en particulier. Après avoir fini son achat, à la sortie de l’échoppe, elle fût prise dans un guet-apens, un coup à la tête puis plus rien.


« Ma tête, disait-elle en se frottant le crâne. »


Ran sentît du sang séché, une ouverture superficielle qui avait déjà eu le temps de se renfermer. Où était-elle et depuis combien de temps ? Elle sentit de l’herbe noyée par l’eau pluviale, l’écorce d’un vieil arbre, une atmosphère pesante avec une dose de brouillard. La forêt des ombres. Il fallait qu’elle se sorte de là or elle se rendit compte qu’elle n’avait plus aucuns équipements sur elle et sa bourse avait disparu. Tout ça pour se faire voler, les lâches. Elle se releva péniblement mais sa tête se mit à tourner, elle retomba lourdement sur le sol. 


« Respire, tout ira bien… essaya-t-elle de se dire pour se résonner. Allez, je ne peux pas rester ici, des monstres y rôdent la nuit. Je ne pourrais pas me défendre… »


Elle essaya d’avancer à tâtons, les bras en avant pour ne pas heurter d’arbres. La pluie commença à tomber et un orage se fît entendre au loin. Ca ne servait à rien, elle était en plein milieu d’une forêt loin d’une ville, sans armes. Désespérée et tétanisée par la peur de l’orage, elle se recroquevilla sur elle même contre un arbre, la tête enfouie dans ses bras. Elle pria pour qu’un voyageur passe non plus mais rien. Les minutes ressemblaient à des heures, les heures à des jours. Elle repensa à la fois où Myah lui avait dit de ne pas laisser la peur prendre le contrôle, de surmonter n’importe quelle épreuve si elle voulait vraiment être une guerrière un jour… Ran s’efforça à se relever et à continuer de marcher dans une direction en espérant ne croiser personne… Plus loin, elle entendit des bruits d’épée et quelques cris, un homme était non loin ! Elle commença à courir dans la direction de cet homme, elle trébucha maintes fois mais elle touchait au but. Sans le savoir, elle arriva à la frontière entre la clairière et la forêt des ombres. Un guerrier, encerclé par une meute de loups enragés, se battait de toutes ses forces. Il finit par tuer le mâle alpha et la meute abandonna l’assaut. Epuisé, il n’avait pas remarqué la présence de la jeune femme:


« S’il vous plaît… »


Elle s’évanouit sur le coup, faute d’énergie. 


Quand Ran se réveilla, elle se trouvait dans ses appartements Marmo. Elle mît quelques secondes pour se rappeler des événements de la veille. Elle tâta des mains l’environnement autour d’elle pour être sûre du lieu où elle se trouvait.


« Tu as eu un sacré coup sur la tête, disait cette douce voix d’homme.


- Que.. Comment ? Kenje ?


- Ne t’agite pas trop, tu dois te reposer. J’ai fais monter un repas pour toi, mange et rendors-toi, disait-il sur un ton autoritaire.


- Je le sens bien que tu es en colère..


- Tu as été imprudente, disait-il en haussant le ton. Tes armes et ta bourse volées, qui sait ce que les brigands ont pu faire d’autres… imaginait-il en s’asseyant sur le rebord du lit.


- Je sais, je sais, je n’aurai pas dû partir seule… Pardonne-moi, je t’ai causé du soucis… disait-elle en cherchant la main de Kenje. 


- Les Marmo étaient inquiets, imagine l’état d’Allfroll quand elle t’a vu évanouie dans mes bras recouverte de boue sans armures ni épée. C’est elle qui t’a installé et changé.


- Je vois, j’irai m’excuser auprès de tout le monde dans ce cas. »


Ran sortît des draps et fît le tour du lit pour s’asseoir sur les genoux de Kenje.


« Je ne t’avais pas vu depuis plusieurs jours, tu étais donc là dans cette forêt, disait-elle en l’enlaçant tendrement. 


- Tu sais bien que je suis un entraînement depuis peu.. Je change de lieux toutes les heures. Au début, j’ai pensé à une vision au loin, puis quand tu t’es effondrée, j’ai compris que c’était réellement toi.. Ran… »


Les deux amants s’embrassèrent langoureusement, leurs mains parcouraient le corps de l’autre.


« Reste avec moi ce soir, lui chuchota-t-elle à l’oreille.


- Je dois repartir à l’aube. »


 


 


-A suivre-


Je vous remercie d'avoir lu :)


Ran(Marmo)


 


+ Syada et Luinha(Wildelle)