Il y a bien longtemps, à l'époque où les
elfes vivaient en harmonie avec les humains, et où la magie tenait lieu
de miracle, prestige des plus puissants, régnaient sur le monde de Slayers
différents royaumes, qui se partageaient le pouvoir.
Et au sein même de ces contrées, des guildes faisaient fréquemment
leur apparition. Elles avaient toutes un but bien particulier: prouver leur
adresse au combat, défendre et aider le peuple des rassemblements barbares
ou encore apporter joie et bonne humeur. Beaucoup d'entre elles étaient
en compétition perpétuelle, et ne connaissaient que peu de répit.
Cependant, en retrait de ces communautés, vivait dans
la solitude et la sérénité une jeune fille, qui ne se souciait
guère de tous ces conflits d’intérêt, laissant le
cœur des hommes aigri et leur esprit méprisant.
La jeune fille répondait au nom de Blanche -nom qu'elle s'était
choisie elle-même, car elle restait fascinée par la couleur de
la neige, pure et innocente, sauve de toute souillure.
Blanche était de ces personnes douces et aimantes qui rêvent aussi
bien le jour que la nuit, emportées par un torrent d'imagination. Elle
vivait à l'abri, au fond de vastes forêts paisibles, jusqu'à
ce jour où son sort allait changer irrémédiablement, annonce
d'une fin tragique.
Blanche aimait à vagabonder dans les bois, en laissant ses émotions
s'exprimer en chantant; elle avait par ailleurs une voix fort belle, cristalline
et profonde.
Un jour, alors qu'elle se promenait, insouciante, elle entendit
une voix masculine. Charmée par celle-ci, elle brava sa timidité
et tenta de la retrouver, jusqu'à arriver à un petit lac. Elle
se faufila derrière les arbres de manière à ne pas être
aperçue, et put admirer le spectacle qui s'offrait à elle.
Un jeune homme se tenait là, debout contre un arbre, chantant, le visage
souriant bercé par sa propre musique. Grand, blond, une allure de poète
associé à des traits fins. Blanche tomba sous le charme de cet
être féerique qui lui ressemblait tant.
Le poète laissait entendre une complainte mélancolique, une histoire
d'amour qui finissait mal, deux amants séparés par le Sort. C'est
ainsi que finissait la chanson. Un dénouement trop triste, songea Blanche,
envahie de tristesse à la pensée de ce couple si malheureux. Si
triste qu'elle ne put réfréner un élan du cœur, et
improvisa la suite du sanglot amoureux:
"Ô mon amour... désormais si loin...
Reverrais-je un jour ton sourire?
Notre amour s'efface, comme la nuit laisse place au jour,
Ce n'est plus qu’un rêve sans vie"
Le Poète, stupéfait puis subjugué, continua à son tour:
"Je suis les ténèbres, et toi les étoiles
Notre amour brille plus que le soleil
Pour l'éternité, il ne peut y avoir pour moi,
Que toi, ma bien-aimée."
C'est ainsi que Blanche et le Poète se rencontrèrent,
et que leur amour naquit, de plus en plus fort au fil des jours. Blanche s'éveillait
au monde qui l'entourait. Enfin, elle consentit à suivre son amant hors
des bois où il venait régulièrement la voir. Elle quitta
ainsi sa vie de solitude sauvage pour aller se fondre parmi les autres hommes.
Ils connurent les premières semaines un bonheur sans égal, partageant
leur passion de l'art, Blanche découvrant les plaisirs de l'amour. Même
si elle se sentait perdue dans cette ville immense où ils résidaient,
aux bâtiments gris si tristes et aux habitants si hautains, elle ne se
plaignait jamais du manque qu'elle ressentait au souvenir de son paradis perdu.
Elle se livrait corps et âme au Poète. Celui-ci se montrait tendre,
ému par sa beauté et sa candeur, mais parfois lointain et froid,
comme si l'existence de Blanche n'avait été qu'un de ces nombreux
songes d'artistes, à la recherche d'une muse.
C'est alors qu'il partit, par un après-midi d'été,
pour ne plus jamais revenir, tourmenté par sa vie d'errance qui l'attendait.
Blanche, affolée, envisagea le pire: il sétait fait enlevé,
c'était certain, et elle devait le retrouver à tout prix, tenter
de le sauver par n'importe quel moyen.
Elle prit alors son courage à deux mains et alla explorer toute la ville
à sa recherche, allant même dans les bas-fonds les plus dangereux.
Mais ses explorations étaient vaines, et jamais elle ne put retrouver
celui qu'elle avait tant aimé.
Seule, affamée, tremblant de froid et de peur, elle décida de
revenir dans sa forêt sauvage. Peut être l'y attendait-il...
Blanche se lança donc sur la route qui la ramènerait
à son ancienne demeure. Mais elle ne put jamais l'atteindre.
Son corps, affaibli, ne pouvait supporter plus longtemps toute la fatigue accumulée,
et son esprit la quitta, aussi paisiblement qu'elle avait toujours vécue.
Sa dernière pensée fut pour le Poète Errant, pour leurs
instants de bonheur, pendant que celui-ci vaquait aux occupations douteuses
dont il avait rempli sa vie, et contre lesquels l'Amour s'était révélé
impuissant.
La légende veut que parfois, une complainte nostalgique s'échappe encore des bois où Blanche avait établit sa résidence. Une complainte retraçant l'histoire de deux amants séparés par la distance, mais dont l'amour jamais ne s'éteindrait.
Un amour sincère et pur, dont beaucoup rêvent,
mais que très peu atteignent.
...