On raconte qu’autrefois, dans un royaume qui a aujourd’hui
disparu, brûlé par les flammes et le temps, vivait un jeune homme
issu d’une noble lignée. Un jeune et courageux guerrier il était.
Cependant, il ne prit pas garde aux démons intérieurs qui le menaçaient,
et finit par se laisser dévorer le cœur, succombant ainsi aux forces
qu’il avait juré de détruire.
Cette histoire est celle de sa chute…
CHAPITRE 1 : La mort du démon
Dans le lointain royaume de Syra vivait un peuple paisible. Un roi, des conseillers,
des nobles, des prêtres, vivant en parfaite harmonie avec le peuple. Harmonie,
paix, amour…tant de notions trop faibles pour survivre à la guerre.
Une guerre sanglante, brutale…guerre pour la domination du mal personnifié.
D’un côté, ce peuple paisible, pacifique même, et de
l’autre, Soreh le démon majeur et son armée infernale. Sa
domination ne faisait aucun doute. Lui et ses démons balayeraient toute
résistance comme le vent balaye les feuilles mortes.
L’espoir s’enfuit, la mort vint. Seule une lumière subsiste,
mais c’est la lueur du bien. Un héros, dont le nom a été
depuis longtemps oublié, semble surgir du néant. Aujourd’hui
encore, les gens croient à un Ange, un messager venu pour les mener au
combat…Armés de l’espoir et de la justice, le paisible peuple
pu repousser l’envahisseur du chaos et ramener la paix au prix d’un
profond sacrifice : le héros sans nom perdit la vie en donnant la mort
au démon Soreh.
A la mort même du démon, un cri retentit aux confins du royaume…la
naissance d’un enfant. L’Ombre du démon était née,
la réincarnation avait fonctionnée, il avait vaincu la mort elle-même…
CHAPITRE 2 : Le jeune prodige
La paix revint, et l’enfant pu grandir en paix, ignorant la folie de
ses semblables. Dès son plus jeune âge, et ce malgré l’harmonie
qui régnait alentours, il se familiarisa avec le maniement des armes
blanches, excellant bien vite à la claymore, unique souvenir de son défunt
père qu’il n’avait pas connu. Il fut rapidement considéré
comme le plus jeune guerrier ayant atteint une telle maîtrise de la Longue
Lame, et participa à plusieurs exhibitions dont il sortit le plus souvent
vainqueur, et ce, sans grandes difficultés...
Mais son cœur possédait déjà une part maléfique,
et il ne put la contenir plus longtemps que dix-huit longues années.
Il fut prit par un autre démon, celui de l’aventure, et fit ses
bagages du jour au lendemain. Lorsque les habitants de sa ville natale lui demandèrent
de rester, prétextant qu’ici seulement il connaîtrait la
paix, il leur parla en ces termes :
« Mon âme est ailleurs, mon cœur est ailleurs, et vous voudriez
que mon corps reste ici… »
Le temps qu’ils comprennent, le jeune homme disparaissait au détour
d’une ruelle sombre.
CHAPITRE 3 : La résurrection du démon
Il commença son long voyage à travers le royaume à l’âge
de dix-huit ans, pariant sur son extraordinaire talent dans le maniement des
armes pour s’en sortir. Le cœur léger, il sentit cependant
en son âme que quelque chose se préparait…
Dans une lointaine caverne, au plus profond d’une montagne antique, une
Ombre s’élevait. Une pièce sombre, sentant le soufre, la
suie et la mort…des démons en cercle autour d’un autel démoniaque
et une fumée âcre, dense, plus noire que le néant, semblant
aspirer les âmes à elle…Un des démons sortit un anneau
sertit d’un rubis ; son geste fut suivit par ceux des autres démons.
Rubis, Saphir, Emeraude, Diamant, Jais… Feu, Eau, Bois, Air, Métal…Les
cinq branches de l’étoile du mal, les cinq éléments
majeurs. Cinq rayons, issus des cinq anneaux, se rassemblèrent sur la
fumée, lui donnèrent une forme, une consistance.
Soreh venait de ressusciter.
CHAPITRE 4 : L’amour
Continuant son périple, ignorant la tournure que prenaient les évènements,
le jeune homme faisait route vers le sud. Ce fut l’année où
il rencontra le seul amour de sa vie. Une fille étrange, un ermite presque.
Leur rencontre, pur fruit du hasard, laissa une marque invisible mais ineffaçable
dans leur cœur respectif. L’amour, l’amour, l’amour...pour
le jeune garçon qui n’avait pas connu ses parents, l’amour
était un sentiment parfaitement inutile et inaccessible. La jeune femme,
cependant, parvint à lui arracher un sourire et un regard autre que celui
d’un guerrier. Il était tombé amoureux ! Il resta avec la
jeune femme qui répondait au doux nom de Sarah et ils vécurent
heureux pendant deux années, qui furent parmi les plus belles de la vie
du champion.
Ses combats ne devaient pourtant pas s’arrêter là…
CHAPITRE 5 : Mort et Vengeance
Tandis que le jeune homme coulait de longs jours heureux, l’Ombre s’étendait
dans le cœur du pays. Soreh ressuscité, les démons avaient
retrouvés un maître, un général capable de les mener
vers le trône du royaume de Syra. Le mal et la guerre réapparurent
dans la paisible contrée, et, une fois de plus, les gens se mirent à
invoquer un héros, priant pour le retour du « Héros sans
nom »… Mais il ne vint pas, et les massacres continuèrent.
Le mort n’épargna pas le destin du guerrier, et fit son entrée
en scène sous la forme d’une troupe de démons venus piller
les environs de sa demeure. Sa femme y laissa la vie, avec l’enfant qu’elle
portait. Une véritable tornade s’abattit alors sur les monstres…pas
un ne fut épargné. La fin de la vie de Sarah venait de marquer
la fin des jours de paix. Empoignant sa claymore, il se tourna vers le ciel,
zébré de traînées rouges, pareilles au sang qui souillait
le corps de sa douce…
« Prépares-toi Soreh, la mort ne te fera aucun cadeau ! »
Autrefois, il ne combattait que pour lui-même, presque pour s’occuper.
Les démons venaient de faire la plus grosse erreur de l’histoire
; ils s’étaient mis à dos le plus puissant des guerriers,
plus puissant que n’importe quel Héros qu’auraient pu trouver
les habitants de Syra…
CHAPITRE 6 : Le Héros
« L’espoir existe donc encore… »
Cette phrase fut murmurée aux quatre coins du pays par tous ceux qui
entendirent parler du jeune homme qui traversait le pays, massacrant démons
et monstres sans scrupule…
« Une légende marche pour nous. Le Héros se bat pour nous.
»
Le Héros avançait bel et bien, mais il ne se battait que pour
sa vengeance, pour la seule femme qu’il avait connue, son seul havre de
paix en vingt ans.
« Nous sommes sauvés, un Héros est revenu. »
Se forçant à perdre toute forme de sentiment, le jeune homme se
dirigeait vers le palais de Soreh, décidé à mettre un terme
à cela tout seul. Les rares démons qui osaient encore lui barrer
le chemin étaient impitoyablement broyés par sa claymore, Buveuse
de démons, comme il l’avait lui-même surnommée. Il
s’épuisait de jours en jours, pas tant à cause de ces combats,
mais à cause de ses souvenirs. Son âme, il le sentait mais il refusait
d’y croire, était tourmentée, il sentait sa propre cruauté
à chaque fois qu’il tuait.
Il fit alors ce qui fut la seule erreur de sa vie, celle qui l’entraîna
dans son tourment et sa chute…
CHAPITRE 7 : Le Héros bascule
Au détour d’un chemin, il tomba un jour sur un petit hameau,
alors attaqué par les hordes de Soreh. Comme à son habitude, le
Héros décida de les massacrer, de ne laisser que leurs âmes,
et encore…
Armé de sa claymore, il descendit la petite colline qui surplombait le
village et courut au combat. Les paysans et soldats qui résistaient farouchement
furent alors parcourus d’un sentiment de satisfaction, de sécurité
: ils étaient sauvés !
L’intervention du Héros ne fut cependant pas si belle qu’ils
auraient pu l’imaginer. Sa puissance semblait découler de sa folie,
et ses yeux n’inspiraient rien d’autre que la peur lorsqu’il
combattait. A la fin de la bataille, il était couvert de sang, mais il
ne semblait pas perturbé pour autant ; il avait l’habitude de tuer,
de massacrer, d’exterminer…Lorsqu’il vit comment les gens
le regardaient, il esquissa un mouvement pour s’approcher d’eux,
pour voir ce qui les perturbaient. Inconsciemment, tous reculèrent, croyant
qu’il allait les attaquer pour satisfaire son envie de sang. C’est
alors qu’il comprit. Il comprit que ceux à qui il avait sauvé
la vie, quelques instants auparavant, avaient peur de sa folie meurtrière.
Son semblant d’âme humaine, de pitié, d’amour, de sympathie,
qui subsistait fut balayé par la colère de son cœur. Ainsi,
ils me considèrent comme un démon également, comme un pillard,
meurtrier et un monstre…pensa-t-il
« Je vous ai sauvé, j’ai sauvé vos familles, et c’est
comme ça que vous me remerciez… » Murmura-t-il dans un souffle…
Serrant les doigts sur sa claymore, il se retourna vers les pauvres survivants
et les balaya de sa lame dévastatrice. Il brûla toutes les chaumières,
et tua hommes, femmes et enfants sans distinction. Lorsqu’il quitta le
hameau, il ne restait que flammes et cendres à l’horizon…
« Vous le méritiez… »
CHAPITRE 8 : L’arrivée au château
Marqué pas cette expérience tragique et rongé par le
remord, il poursuivit son périple vers le temple de Soreh, où
résidait le maléfique maître des démons. Il fut accueillit
par une horde de brutes sanguinaires, gardant les abords du château. Ceux-ci
n’eurent même pas le temps d’une dernière prière
et ils furent massacrés, comme trop souvent par le jeune homme. Après
s’être frayé un chemin à travers la marée de
lames et de sang, il parvint à la salle du trône que gardaient
des gargouilles. Dans un souffle de haine et de puissance, les monstres furent
balayés, laissant libre la porte de la salle du trône.
Le Héros pénétra dans l’antichambre de l’enfer,
et se retrouva face au responsable de toutes ces années de souffrance
pour tout un peule. Soreh et son lieutenant étaient face à lui.
N’écoutant plus rien d’autre que sa haine, accumulée
pendant de nombreuses années, le guerrier se rua sur ses opposants, bien
décidé à leur ôter la vie…
CHAPITRE 9 : Le combat final
Un combat sanglant, brutal et cruel. Des démons puissants face à
un être unique. Une bataille épique, que seul pourraient arrêter
les Dieux. Il n’y aurait qu’un seul survivant, tous le savaient.
Ils rivalisaient d’adresse à l’épée et, même
si le jeune Héros était plus puissant que tout, il savait que,
seul, il ne pouvait pas les vaincre tous les deux…Il se concentra donc
sur le lieutenant, plus faible que son maître, et l’abattit d’un
coup de claymore, pendant que Soreh le frappait de sa hache. Brisé, vaincu,
le Héros commençait à ne plus y voir clair devant lui.
Finalement, le démon, détruit son arme, seul compagnon pendant
de longues et douloureuses années, et lui tendit la main :
« Viens, viens à moi maintenant…tu est ma moitié,
ma réincarnation d’il y a vingt-et-un ans… »
Tenant fermement la garde de sa lame, il trancha la main de Soreh, et attrapa
au vol la hache qu’il lâchait avec un hurlement de douleur. Arme
en main, il était face à son ennemi juré. Le temps que
celui-ci réalise sa position, il avait la tête tranchée.
Le Héros prit également soin de détruire ses anneaux maléfiques,
qui garantissaient son retour s’il mourrait. Son regard brillait d’une
étrange lueur quand il ramassa le casque du défunt démon.
Il prit bien soin de le placer sur sa tête, et se retourna vers les quelques
gargouilles survivantes :
« Ôtez ces cadavres de ma salle du trône… »
Sa voix était un murmure tranchant comme le verre, bien loin de la voix
douce et amicale qu’il arborait autrefois. Il s’attendait à
ce qu’on le respecte et ce fut fait. Il alla s’asseoir sur le trône
d’ossement humains de Soreh, et regarda par les rares fenêtres du
palais. A travers le casque, on apercevait deux lueurs rougeâtres, véritables
rubis de sang.
« Ainsi ils m’ont rejetés…Il avait un allié,
maintenant il ont un ennemi encore plus terrible que le diable…. »
Fin